La santé sexuelle est le sujet où l'approximation coûte le plus cher, et c'est celui sur lequel circulent le plus de conseils invérifiables. Cet article ne contient donc que des informations issues de sources publiques françaises, chacune référencée : Santé publique France, l'Assurance Maladie et la Haute Autorité de santé. Rien n'y est déduit ni arrondi.
Où en est-on, en chiffres
Dans son bilan national VIH et IST bactériennes publié le 23 octobre 2025, Santé publique France indique qu'en 2024, selon les données de l'Assurance Maladie, environ 61 100 personnes ont été diagnostiquées pour une infection à Chlamydia trachomatis, 25 800 pour une gonococcie et 6 500 pour une syphilis. Les CeGIDD ont en outre diagnostiqué 22 200 infections à chlamydia, 13 500 gonococcies et 2 500 syphilis. Le même bilan estime à environ 5 100 le nombre de personnes ayant découvert leur séropositivité au VIH en 2024. Tous ces nombres sont des estimations publiées par Santé publique France, à lire dans le bilan lui-même.
Le même bilan relève que les taux de dépistage des trois IST bactériennes ont continué d'augmenter entre 2022 et 2024 : +30 % pour les infections à Chlamydia trachomatis, +26 % pour les gonococcies et +20 % pour la syphilis, avec une hausse plus marquée chez les hommes (+34 %, +37 % et +29 %). Il s'agit bien des taux de dépistage, et non du nombre de diagnostics, rapportés séparément dans le même bilan. Une progression du dépistage explique une partie de la progression des diagnostics : plus on cherche, plus on trouve. Cela ne dispense pas de se faire tester, au contraire, puisqu'une part importante de ces infections est asymptomatique.
Où se faire dépister, concrètement
En laboratoire, sans ordonnance : le dispositif « Mon test IST »
Depuis le 1er septembre 2024, l'Assurance Maladie permet un accès direct au dépistage de cinq infections dans tous les laboratoires de biologie médicale, y compris hospitaliers, sans ordonnance et sans rendez-vous. Les cinq IST concernées sont le VIH, l'hépatite B, la syphilis, les infections à gonocoque et la chlamydiose. Un auto-questionnaire rempli sur place détermine les prélèvements pertinents.
La prise en charge dépend de l'âge : avant 26 ans, les cinq dépistages sont pris en charge à 100 % sans avance de frais. À partir de 26 ans, seul le dépistage du VIH est pris en charge à 100 % sans avance de frais ; les quatre autres sont remboursés à 60 % par l'Assurance Maladie et 40 % par la complémentaire santé.
En CeGIDD : gratuit et anonyme, à tout âge
Les centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic accueillent avec ou sans rendez-vous. Le dépistage du VIH, des hépatites et des autres IST y est gratuit, anonyme, confidentiel et sans ordonnance, sans condition d'âge ni de couverture sociale. Ils proposent également information, vaccination, traitement et accompagnement. L'annuaire des centres est consultable sur sante.fr, et chaque agence régionale de santé publie la liste de sa région. C'est la voie la plus simple pour qui ne veut aucune trace sur son relevé de remboursements.
Autotests et TROD
Les autotests VIH sont vendus en pharmacie, non remboursés, et donnent un résultat en une trentaine de minutes à partir d'une goutte de sang. Les TROD, tests rapides d'orientation diagnostique, sont réalisés par les CeGIDD et par des associations habilitées, avec un résultat en trente minutes maximum. Dans les deux cas, un résultat positif doit être confirmé par un test sanguin classique en laboratoire.
Les délais : le point que tout le monde se trompe
Un test ne dit rien de ce qui s'est passé la veille. L'Assurance Maladie précise les fenêtres :
- Test ELISA de 4e génération, réalisé en laboratoire : il est fiable lorsque la dernière prise de risque date de 6 semaines ou plus. Il détecte les anticorps anti-VIH-1 et anti-VIH-2 ainsi que l'antigène p24.
- TROD et autotests : ils sont fiables lorsque la dernière prise de risque date de 3 mois ou plus.
La conséquence pratique est essentielle : un dépistage ne certifie que la période antérieure à sa fenêtre. Présenter un résultat de la semaine dernière ne dit rien du mois écoulé. C'est pourquoi un dépistage récent ne remplace pas le préservatif, il le complète.
À quelle fréquence
Il n'existe pas de calendrier spécifique aux personnes libertines : la recommandation porte sur le comportement, pas sur l'étiquette. Une seule fréquence chiffrée figure dans une recommandation française identifiée, et elle porte sur le VIH : dans « Réévaluation de la stratégie de dépistage de l'infection à VIH en France » (mars 2017), la Haute Autorité de santé préconise un dépistage tous les 3 mois pour les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, et un dépistage annuel pour les usagers de drogues par injection ainsi que pour les personnes originaires de zones de forte prévalence. Pour les autres situations, aucun rythme n'est reproduit ici : il se fixe avec un médecin ou en CeGIDD, selon le nombre de partenaires et les pratiques.
Un point technique décisif et souvent ignoré : le dépistage des infections à gonocoque et à chlamydia doit être réalisé sur les trois sites d'exposition — gorge, urètre ou vagin, et anus. Une infection pharyngée ou anale est fréquemment asymptomatique et un prélèvement urinaire seul la laisse passer. Si les prélèvements multi-sites ne vous sont pas proposés, demandez-les explicitement.
En dehors de ce rythme, un dépistage se justifie après toute prise de risque, avant d'arrêter le préservatif avec un nouveau partenaire régulier, et au moindre symptôme : écoulement, brûlure en urinant, lésion, éruption, douleur pelvienne ou testiculaire, ganglions. Beaucoup d'IST restent muettes, mais aucun symptôme génital ne se surveille en attendant qu'il passe.
Prévention : ce qui existe en France
- Le préservatif reste le seul moyen qui protège à la fois des IST bactériennes et du VIH. Un préservatif par partenaire et par pratique : le changer en passant d'une personne à une autre, ou d'une pratique à une autre, est la règle qui saute le plus souvent en configuration à plusieurs. Le carré de latex protège lors des pratiques bucco-génitales.
- La PrEP est un traitement préventif destiné aux personnes séronégatives exposées au VIH. Selon l'Assurance Maladie, tous les médecins, généralistes comme spécialistes, peuvent la prescrire, et elle est prise en charge à 100 %. Toujours selon ameli.fr, elle existe sous forme orale (emtricitabine/ténofovir disoproxil, Truvada® et ses génériques) et sous forme injectable (cabotégravir d'action prolongée, Apretude®, par voie intramusculaire), les deux étant prises en charge à 100 % par l'Assurance Maladie. La même source précise que la prescription de la forme injectable est ouverte aux médecins de ville expérimentés dans la prise en charge du VIH et aux médecins hospitaliers, ce qui la distingue de la forme orale. La PrEP protège du VIH et d'aucune autre IST : elle s'accompagne d'un suivi et d'un dépistage réguliers.
- La vaccination contre l'hépatite B et contre les papillomavirus est disponible, y compris en CeGIDD.
- Le traitement post-exposition (TPE) s'adresse à qui a eu une exposition à risque. Il doit être débuté le plus tôt possible, si possible dans les 4 heures et sans dépasser 48 heures. Il consiste en une association de trois antirétroviraux pendant 28 jours. On l'obtient aux urgences de l'hôpital le plus proche ou en CeGIDD ; en dehors des heures d'ouverture, les structures d'urgence sont habilitées à le prescrire et à le délivrer.
En parler avant, sans en faire un interrogatoire
La conversation sur les IST se mène mieux au moment où l'on convient du rendez-vous qu'au moment de passer à l'acte. Trois formulations qui fonctionnent parce qu'elles annoncent votre propre position d'abord : dire à quand remonte votre dernier dépistage et ce qu'il couvrait ; annoncer que le préservatif est systématique chez vous, sans le poser comme une question ; demander comment la personne s'organise de son côté, plutôt que de lui demander un justificatif. Un partenaire qui prend mal ce sujet vous renseigne sur la suite. Et un résultat de dépistage, même récent, ne remplace jamais la protection, puisqu'il ne couvre pas la période écoulée depuis le prélèvement.
Pour toute question sur le VIH, les IST ou le dépistage, Sida Info Service répond au 0 800 840 800, appel anonyme, confidentiel et gratuit.
Sources : Santé publique France, bilan VIH et IST bactériennes 2024 (23 octobre 2025) · ameli.fr, dépister les IST et dispositif « Mon test IST » · ameli.fr, dépister le VIH · ameli.fr, prévenir la transmission du VIH (PrEP et TPE) · Haute Autorité de santé, traitement préventif post-exposition au VIH · Haute Autorité de santé, Réévaluation de la stratégie de dépistage de l'infection à VIH en France (mars 2017) · Santé.fr, annuaire des CeGIDD.
